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Les notices du Conservatoire

Au fil de la saison, les étudiants en classe préparatoire d’histoire de la musique du Conservatoire Massenet de Saint-Étienne éclairent les œuvres jouées par l’Ensemble. Ce mois-ci : Octandre d’Edgar Varèse et Cinq pièces pour orchestre op.16 d’Arnold Schoenberg.

OCTANDRE, Edgar Varèse

Edgard Varèse est un compositeur français né à Paris le 22 décembre 1883 et décédé le 6 novembre 1965 à New York.

La production des œuvres de Varèse est réduite car seulement une douzaine de compositions achevées nous sont parvenues. Varèse, dans une interview au New York Times, dit : “J’ai toujours été un expérimentateur. Mais mes expériences vont dans la corbeille à papier. Je ne donne au public que des œuvres achevées”.

Octandre est une pièce pour huit instruments solistes (sept instruments à vent et une contrebasse), composée en 1923 et interprétée pour la première fois le 13 janvier 1924 à New York par l’international Composers’Guild au théâtre Vanderbilt. Le compositeur abandonne le système tempéré et l’instrumentation classique, si familière à nos oreilles, pour nous faire découvrir une toute nouvelle construction musicale fondée sur sa préoccupation des phénomènes acoustiques et rythmiques. On reconnaît son écriture musicale grâce aux principales caractéristiques stylistiques qu’il utilise fréquemment : les séries de notes répétées, l’utilisation redondante de la seconde mineure…

Octandre est formé d’un ensemble de trois mouvements enchaînés. Le premier mouvement, Assez lent, est encadré par un solo de hautbois à la ligne mélodique plaintive. Le compositeur note : « dans le sentiment du début, un peu anxieux ». Le second mouvement est un scherzo : Très vif et nerveux. Là, on assiste à un chevauchement de motifs rythmiques et de couleurs instrumentales, avec une écriture très horizontale où tout est lié, malgré les silences. Ce mouvement se termine par un accord final strident que les vents jouent en flatterzung (roulement lingual qui produit un effet de trémolo). C’est alors que la contrebasse enchaîne avec un solo qui marque le début du troisième mouvement, Grave, sombre et mystérieux, qui se transforme, peu à peu, en une fugue vive où les changements rythmiques prédominent.

L’impact de l’œuvre ne fut pas immédiat mais trouva une descendance à partir des années cinquante avec des pièces comme le Metastasis de Iannis Xénakis.

Edgard Varèse est le précurseur d’un nouveau genre. Son expressivité faisant usage de nouveaux instruments, de nouvelles couleurs et de textures, lui a valu d’être considéré comme « le Père de la musique électronique ».

Emma Savori

CINQ PIÈCES POUR ORCHESTRE, OP.16, Arnold Schoenberg

Écrites en 1909, les Cinq pièces pour orchestre, op.16 sont un témoignage de l’effervescence artistique qui bouillonne chez
Schoenberg durant cette période charnière qui verra notamment l’élaboration du célèbre opéra Erwartung, des Trois pièces pour piano, op.11 ainsi que l’écriture de son Traité d’harmonie. Il est d’usage de parler de la troisième pièce Farben (« Couleurs ») pour son importance dans la mise au point du concept de Klangfarbenmelodie, soit « mélodie de timbre ».

Ce principe délaisse la fonction mélodique à proprement parler des instruments de l’orchestre au profit d’un processus de modelage de la couleur du son, caractérisé par des interventions concises d’une catégorie d’instrument à l’autre qui se confondent en de nouveaux timbres. Ainsi, chaque instrument est constitutif d’une « mélodie » plus globale. En outre, les Cinq pièces pour orchestre, op.16 de Schoenberg, c’est observer un nuage sonore difforme subir le souffle parfois violent de notre regard interrogatif.

Ce désir de s’émanciper des formes tonales, thématiques et temporelles amène à saisir la musique dans un ensemble nouveau qui suspend la signification au profit de la sensation. De sorte que, chaque auditeur peut trouver en ces multiples atmosphères un sens plus profond encore que celui suggéré par les titres des pièces (I. Pressentiment, II. Passé, III. Couleurs, IV. Péripéties, V. le Récitatif obligé) donnés par Schoenberg sous la demande de son éditeur Peters. Il s’exprima d’ailleurs à ce sujet « Je céderais peut-être, car j’ai trouvé des titres qui sont, tout compte fait, possibles. En somme l’idée n’est pas sympathique. Car la musique est merveilleuse en ce que l’on peut tout dire, de sorte que l’initié comprend tout, et malgré cela on n’a pas trahi ses propres secrets (…) .»

Pablo Villebrun