Gesänge-Gedanken mit Friedrich Nietzsche
2012
2009
32'
Contralto solo, harpe, violon, violon II, alto, violoncelle, contrebasse, flûte, hautbois, clarinette, basson, cor, trompette, trombone, 2 percussionnistes
« Avec » Friedrich Nietzsche. Non pas « sur » ou « d’après », mais en compagnie de ses mots réunis par Philippe Manoury pour former un nouveau texte, fragments prélevés dans Le Gai Savoir, Humain trop humain, Aurore, L’Antéchrist et Ainsi parlait Zarathoustra, combinés de façon à ce qu’ils s’éclairent mutuellement. « Qui veut être profond s’efforce à la clarté », avertit la voix d’alto. Dans de récents entretiens, Philippe Manoury affirmait qu’il « existe des œuvres très dépouillées, très dénudées, qui sont néanmoins très complexes dans leur facture, et d’autres, d’apparence très dense et fournie, qui sont en fait de conception très simple. » Mêlant les principes de juxtaposition et d’enchaînement, donnant à la fois l’impression d’incomplétude et de totalité, Gesänge-Gedanken fait assurément partie des premières. Le cycle de lieder touche par cette évidence qui est le signe des ouvrages révélant les plus riches secrets. L’ensemble instrumental y est réparti en quatre trios (chacun mêlant bois, cordes ainsi que cuivres associés à la harpe), tandis qu’un cinquième groupe (contrebasse et percussions), noté obbligato, est une sorte de double du verbe comparable aux anciens accompagnements obligés. À l’auditeur de ne pas se laisser entraîner par les puissants tutti avec crotales et xylophone, ni par les violents crescendos soutenus par les congas et les bongos, mais d’écouter ce qui est à peine perceptible, les souffles et frottements sortis du silence, le lointain incarné par des couleurs évoquant parfois le Japon. À lui d’aller au cœur des mots quand la voix isole les syllabes ou les phonèmes, au bout des lignes descendantes du nocturne central, puis d’écouter les échos les plus ténus, de pénétrer les reliefs de la disposition instrumentale, jusqu’à être gagné par une temporalité délivrée de toute agitation. L’ensemble rit-il « à gorge déployée », parle-t-il « trop haut » ou, au contraire, fait-il le choix de la solitude quasi silencieuse ? Nous nous trouvons engagés à choisir, en guise de positionnement moral, entre les « opinions de la place publique » et les « esprits les plus légers et les plus libres. »
François-Gildas Tual (texte du programme, Cité de la musique, 16 février 2013)
Une oeuvre commandée par le BIT20 Ensemble, un ensemble de musique contempaine de Bergen en Norvège. Elle est créée pour la première fois en 2012 lors du Festival Ultima à Oslo, avec à la direction Pascal Rophé.
Éditions Durand