Création EOC 

Date de composition 2021

Commanditaire Ensemble Orchestral Contemporain

” Dans mon long parcours de réflexion sur la forme musicale, j’ai toujours été attiré par deux extrêmes opposés. D’un côté, les formes larges ou assez larges, fondées sur la transformation continue des éléments, sur la directionnalité « vivante » des figures et des matériaux de la musique, à la fois claire et bien perceptible. De l’autre, par les formes très courtes, basées chacune sur une seule figure tout de suite évidente, presque « thématique », donnée sans aucun développement. Mon parcours témoigne clairement de l’évolution de mon écriture, de ma première « attirance formelle » vers son extrême, à travers la composition successive des trois pièces orchestrales Sinfonia (1998-2005), Sinfonia seconda (2006) et Sinfonia terza (2010). Il ne faut d’ailleurs pas interpréter ces titres très historiques au sens « néoclassique », qui m’est totalement étranger, mais plutôt dans le sens d’une recherche sur les structures profondes, psycho-physiologiques des formes musicales anciennes. Sinfonia est constitué de quatre mouvements de 5 à 7 minutes chacun, Sinfonia seconda seulement par deux mouvements de durée double (12 minutes chacun) dans lesquels j’oppose l’une à l’autre les deux « régions expressives » de la vitesse et de la lenteur, Sinfonia terza par un seul mouvement de 20 minutes dans lequel l’opposition entre deux éléments différents se développe à l’intérieur d’une forme unitaire et d’un orchestre divisé lui-même en deux groupes éloignés. Sinfonia da camera (commande d’État 2004 dédié à l’EOC) s’inscrit dans ce parcours « du côté de » Sinfonia, quatre mouvements de 4 à 5 minutes chacun, avec une seule direction agogique entre le très lent premier et le très rapide dernier. Ma deuxième « attirance formelle » pour les formes très concentrées, s’exprime jusqu’à aujourd’hui seulement à travers des instrumentations très réduites : instruments seuls, comme dans les seize Interludi pour piano (2000-2006), ou pour petit ensemble de chambre, comme Dieci pezzi pour accordéon et trois cordes (1995). Ma collaboration « historique » avec l’EOC et son chef fondateur Daniel Kawka fut autant révélatrice que formidable. Ce travail en commun a d’ailleurs été d’autant plus marquant pour moi que j’ai demandé à son nouveau Directeur artistique et musical, Bruno Mantovani, de renouveler l’expérience, avec l’idée, cette fois, d’un véritable achèvement de ma réflexion personnelle sur la forme musicale. Je voudrais donc aujourd’hui expérimenter la composition d’une série de petites formes très concentrées à l’intérieur d’une large instrumentation. Selon mon projet, Seconda Sinfonia da camera sera constitué de huit mouvements de deux minutes chacun, totalement différents les uns des autres. Je suis très attiré par l’apparente contradiction qui peut exister entre la brièveté absolue d’une structure musicale et l’ampleur sonore d’un groupe d’instruments, proche de l’orchestre. Cela donne l’obligation de concentrer au maximum l’idée, la figure, la narrativité de la forme, de renoncer à chaque développement, à choisir beaucoup, sans se perdre dans la richesse des possibilités. Au début, je pensais resserrer les huit mouvements dans un seul parcours (du rapide au lent par exemple ou d’une agogique moyenne vers les extrêmes selon le modèle d’Alban Berg dans la Lyrische Suite), mais j’ai finalement décidé de donner beaucoup d’espace à l’invention, toujours surprenante, portée par une sorte « d’incohérence formelle globale » et qui ait comme seule loi un changement total de « région expressive » entre chaque mouvement successif et l’intensité des idées. Il s’agit là d’un défi très important pour moi !” 

Alessandro Solbiati

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